Aux manettes d’une machine complexe

Nathalie Moynet est technicienne de recherche en technologie des biomolécules. Elle analyse des fourrages dans un laboratoire de chimie au sein de l’Unité de recherche pluridisciplinaire prairies et plantes fourragères (URP3F), à Lusignan. Née sourde, elle communique par la parole avec ses collègues, et pratique également la langue des signes.

Nathalie Moynet, technicienne de recherche à l'Unité de recherche pluridisciplinaire prairies et plantes fourragères à Lusignan (centre Inra Poitou-Charentes).
Par Service communication Inra Poitou-Charentes
Mis à jour le 27/04/2015
Publié le 24/04/2015

Comment évaluer la qualité des prairies ? En commençant par déterminer leur rendement et leur valeur alimentaire. « Depuis mon arrivée à Lusignan en 2011, j’analyse la valeur alimentaire de fourrages constitués d’espèces pures ou de mélange d’espèces. Je mesure leur digestibilité, leur teneur en fibres, en sucres… » retrace Nathalie. Depuis 2012, elle analyse également certains éléments chimiques (carbone et azote) et isotopes naturels et enrichis, sur des échantillons de plantes ou de sol. Sa collègue Corinne Melin l’a formée pour qu’elle prenne sa suite. Nathalie travaille pour les chercheurs de l’URP3F ou pour des organismes extérieurs, comme l’Association des créateurs de variétés fourragères ou le Comité technique permanent de la sélection.

Un rythme quotidien soutenu

Elle analyse des séries de 48 à 60 échantillons par jour : « La charge de travail est assez prenante » souligne Nathalie. « Je prends en charge les échantillons en amont : je pèse les matières végétales ou les racines avec la mircobalance pour les préparer avant analyse. Puis j’exporte les résultats et je les envoie aux scientifiques. Avec Philippe Barre, le responsable du laboratoire, nous discutons des résultats obtenus et de leur interprétation. »

Pour la partie isotopique, elle collabore avec deux chercheurs : Gaétan Louarn, référent scientifique pour le suivi du spectromètre et, en cas de nécessité, François Gastal, co-référent scientifique et spécialiste IRMS. Elle fait appel à Cédric Perrot en cas de panne ou s’il faut intervenir sur l’appareil. Elle travaille enfin avec les thésards de l’équipe Ecophysiologie.

Nathalie Moynet, technicienne de recherche àl'URP3F, utilise un analyseur élémentaire couplé à un spectromètre de masse, et en assure la maintenance. © Armelle Pérennès
Nathalie Moynet, technicienne de recherche àl'URP3F, utilise un analyseur élémentaire couplé à un spectromètre de masse, et en assure la maintenance. © Armelle Pérennès

« Je gère seule une machine complexe : un analyseur élémentaire couplé à un spectromètre de masse, qu’il faut entretenir régulièrement. Par exemple, je serre les joints et je nettoie le piston pour éviter des fuites d’azote par le passeur d’échantillons. Je change régulièrement les colonnes de combustion, d’insert, de réduction et de piège à eau. Je gère aussi les stocks de produits consommables. »

De Nantes à Lusignan en passant par le Magneraud

Dans son métier, Nathalie doit faire preuve de patience, qu’elle a acquise avec l’expérience. Avant d’arriver à l’Inra, elle a travaillé à l’IUT Génies des procédés à St Nazaire et à Sanofi Synthélabo de Sistéron. Ces deux postes lui ont donné confiance par rapport à son handicap. « Je suis née sourde profonde, orientée dans l’oralisme depuis mon enfance mais je suis signante : ce sont mon identité et ma culture sourdes » précise Nathalie. Reconnue travailleuse handicapée, elle a ensuite travaillé cinq ans au centre Inra Angers-Nantes. « En 2007, j’ai demandé une mutation professionnelle au Magneraud [à l’unité Gepa devenue Genesi], puis à Lusignan pour des raisons familiales » explique-t-elle. Et demain ? « Je vis au jour le jour et je ne sais pas ce qui m’attend demain » répond Nathalie. « Carpe diem ! » : une expression aussi universelle que la langue des signes.

Mini-CV

  • Mariée, 3 enfants
  • 1995 : Deug de biologie
  • 1998 : Certificat de technicienne de laboratoire d'industrialisation de la chimie
  • 2000 : arrivée à l'Inra (à Nantes)
  • 2007 : arrivée au centre Inra Poitou-Charentes (unité Gepa, actuellement Genesi)
  • 2011 : arrivée à l'URP3F