Agroécologie : de la diversité dans les prairies pour faire face aux aléas climatiques

Pour une production de fourrage optimale dans les prairies : mieux vaut semer plusieurs espèces abritant chacune une diversité génétique (plusieurs génotypes de la même espèce). Pour la première fois, des chercheurs de l’Inra, en collaboration avec le CNRS, démontrent les effets positifs et complémentaires d'une diversité d'espèces et d'une diversité génétique au sein des espèces (diversité intraspécifique) dans des prairies soumises à la sécheresse. La diversité génétique pourrait ainsi constituer un levier important pour la productivité, la qualité et la pérennité des systèmes agronomiques face au changement climatique.

Paysage agricole de la Côte-d'Or (Bourgogne). © INRA, SLAGMULDER Christain
Mis à jour le 11/08/2015
Publié le 08/06/2015

Comment adapter les systèmes de production agricoles dans le contexte du changement climatique global ? Une piste consiste à valoriser la diversité spécifique et génétique des cultures pour faire face aux aléas climatiques et répondre aux défis environnementaux lancés à l'agriculture de demain (faibles intrants, maintien de la biodiversité associée...). Dans ce contexte, les chercheurs de l'Inra de Lusignan, en collaboration avec le CNRS, ont testé l'effet combiné de la diversité spécifique (mélange d'espèces) et de la diversité génétique (mélange de génotypes au sein de chaque espèce) des praires semées sur la production de fourrage et sa stabilité face à la contrainte hydrique.

Concrètement, les équipes ont utilisé un dispositif expérimental en conditions semi-contrôlées : 124 micro-peuplements en bacs (des micro-placettes de 50 cm sur 50 cm) leur ont permis de comparer des monocultures et des mélanges d'espèces, en utilisant cinq espèces différentes (le dactyle, la fétuque, le ray-grass, le trèfle blanc et la luzerne). De plus, chaque micro-peuplement mono et plurispécifique était répliqué avec un, cinq ou dix génotypes par espèce et soumis à deux types de régimes hydriques : sec ou irrigué.

Les résultats montrent un effet positif et complémentaire des deux niveaux de diversité, spécifique et génétique, dans les couverts prairiaux. Alors que la diversité spécifique améliore la production de biomasse cumulée en régime hydrique limitant, la diversité génétique quant à elle, améliore significativement la stabilité de la production qui devient plus régulière tout au long de l'année quel que soit le régime hydrique.

Les scientifiques de l'Inra de Lusignan reproduisent désormais cette expérimentation sur des micro-parcelles au champ, mais ils ont d'ores et déjà montré que diversité spécifique et génétique pourraient jouer des rôles bénéfiques et complémentaires pour l'optimisation de la production de fourrage dans les prairies semées. Ce sont ces deux niveaux de diversité qui pourraient être valorisés dans des programmes d'amélioration et de sélection de plantes destinées à accroître la productivité et la stabilité des cultures face aux aléas climatiques.

Référence :
Ivan Prieto, Cyrille Violle, Phulippe Barre, Jean-Louis Durand, Marc Ghesquière, Isabelle Litrico. Complementary effects of species and genetic diversity on productivity and stability of sown grasslands, Nature Plants, 30 mars 2015