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Le gazon, bon pied, bon œil

La qualité des pelouses des stades de football du mondial brésilien fait débat. Dans deux ans, l’Euro qui se tiendra en France, ne devrait pas connaitre pareille polémique. L’Inra, les semenciers et les gestionnaires d'espaces verts travaillent en effet sur deux paramètres cruciaux d’un bon gazon : sa résistance au piétinement et son éclairage optimum.

Un outil d’aide à la gestion a été développé et baptisé Logiciel d’analyse du microclimat (Lami). A ce jour le tout récent stade Pierre Mauroy de Lille (qui accueillera plusieurs rencontres de l’Euro 2016 dont un match de l’équipe de France et un quart de finale) a déjà été équipé.. © DR, DR
Publié le 26/06/2014

L’année dernière, l’Inra de Lusignan était sous les feux des projecteurs. Jean-Paul Sampoux et son équipe, à l’origine d’une étude sur le progrès génétique chez le ray-grass anglais (gazon) par sélection, collectionnaient les citations et les téléchargements dans les revues spécialisées. Leurs résultats illustraient très clairement les évolutions des variétés de l’espèce en cinquante années de sélection. L’étude notait également dans le temps, la résistance au piétinement de ces variétés. Pour réaliser cette étude, il a ainsi fallu retrouver des variétés anciennes et en multiplier les graines pendant trois ans. Un sujet qui dépasse, pour le grand public, la seule recherche agronomique de l’unité sur les « prairies et les plantes fourragères » : le ray-grass anglais est en effet la principale espèce utilisée pour l’engazonnement des terrains de sport.

Amélioration de résistance au piétinement et meilleure esthétique

Pour construire son étude, l’Inra a mesuré, pendant trois ans et en cinq lieux d’essais répartis sur l’ensemble de la France, des critères relatifs à l’aspect esthétique du gazon (densité, finesse, couleur, résistance aux maladies) notés visuellement par des experts à différentes périodes de l’année. Ensuite, pour simuler le piétinement, une machine spéciale a été utilisée, comprenant deux cylindres hérissés d’ergots qui reproduisent, sur le gazon et le sol, l’action des crampons des joueurs de football ou de rugby. « Nous avons montré, synthétise Jean-Paul Sampoux, que le travail des sélectionneurs (de variétés de gazons) avait permis un réel progrès génétique des variétés de ray-grass anglais pour leurs qualités d’usage, notamment l’aspect esthétique et la résistance au piétinement. ».

Des stades modernes et donc multi-usages

Une belle pelouse résistante, voilà bien ce dont rêvent tous les clubs de football français, souvent décriés dans les années 70 et 80 pour la piètre qualité de leurs aires de jeu, l’hiver venu. A 2 ans d’un championnat d’Europe des Nations qui mettra les stades français à la une, la rénovation de plusieurs arènes comme la construction de nouvelles enceintes passe par une modernisation des méthodes d’entretien. Surtout qu’une nouvelle génération de stades investit les grandes villes. En plus des manifestations sportives, ils accueillent concerts, festivals et spectacles. Dans ces configurations inédites, le gazon est soumis à rude épreuve : les tribunes, les scènes et structures couvertes créent de grandes zones d’ombres portées sur l’herbe.
Toujours à Lusignan, ingénieurs et techniciens de recherche de l’Inra, spécialistes des relations entre l’herbe et la lumière ont donc développé de nouvelles techniques et des outils pour pérenniser le gazon de ces stades du 21e siècle. L’idée est d’interagir efficacement avec les systèmes de chauffage électrique enfouis dans le sol qui permettent de maîtriser la température et de commander le plus justement possible l’éclairage des zones les plus sombres.

Modéliser le rayonnement, optimiser l’exposition

Coordonnée par Didier Combes, cette équipe a ainsi étudié, sur des rampes lumineuses, l’écartement optimum des lampes pour éclairer de façon suffisante et homogène une surface donnée.
Dans un second temps, pour chaque stade, ils ont analysé le rayonnement solaire reçu par la pelouse pendant une année. Cette approche est basée sur la modélisation du stade en 3D couplée à un modèle de rayonnement solaire. Les résultats des calculs permettent de quantifier l’éclairage nécessaire dans les zones les plus ombrées et de déterminer le temps d’exposition des rampes lumineuses. Ils servent également à optimiser l’implantation des systèmes de chauffage au sol et d’irrigation dans le cas où la construction du stade n’est pas encore débutée.
Enfin, afin d’intégrer les résultats de ces travaux de recherche et développement, un outil d’aide à la gestion a été développé et baptisé Logiciel d’analyse du microclimat (Lami).  Ce portail web distribue des informations sur les conditions de croissance de la pelouse et préconise dynamiquement les zones du terrain où il faut disposer les rampes lumineuses ainsi que la durée de cette exposition.
A ce jour le tout récent stade Pierre Mauroy de Lille (qui accueillera plusieurs rencontres de l’Euro 2016 dont un match de l’équipe de France et un quart de finale) a déjà été équipé, en partenariat avec la société Terenvi, spécialiste des espaces verts et de la gestion des pelouses dans les stades de Ligue 1. Quanta Green, la société en charge d’exploiter les résultats de ce projet vient par ailleurs de recevoir le prix coup de cœur d’un concours organisé par le Centre des entreprises et de l’innovation (CEI) de la Vienne. Décidément la pelouse est un sujet qui attire la lumière…