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Le régime alimentaire des abeilles en zones de grandes cultures révèle le rôle majeur des plantes sauvages

Pendant cinq ans en Poitou-Charentes, une équipe de recherche française issue de plusieurs organismes dont l’Inra s’est penchée sur le régime alimentaire des abeilles en zones de grandes cultures. Entre la floraison du colza en mai et celle du tournesol en juillet, les abeilles connaissent une pénurie florale susceptible de contribuer à leur déclin. Elles se rabattent alors sur les plantes sauvages : espèces adventices, fleurs des arbres et des arbustes. Les résultats évoquent une utilisation continue de richesse botanique tout au long de l’année, renforçant la nécessité d’implémenter des mesures agri-environnementales pour augmenter la diversité florale dans les paysages agricoles.

Ecobee : un dispositif d'observation des abeilles en milieu ouvert. Ecobee est un outil original pour mener des expérimentations en plaine céréalière sur les interactions entre les caractéristiques des colonies, celles des paysages et les contraintes environnementales.. © INRA, MAITRE Christophe
Mis à jour le 05/11/2015
Publié le 02/11/2015

On le sait, les abeilles connaissent des moments difficiles. Leur déclin pourrait menacer la pollinisation des fleurs en zone de grandes cultures. Ce phénomène global est actuellement attribué à différents facteurs tels que pesticides, maladies, parasites et prédateurs. Mais la diminution des habitats semi-naturels (haies, prairies, bois...) pourrait également provoquer une pénurie des ressources alimentaires pour les abeilles. Pourtant, la composition du régime alimentaire des abeilles au fil des mois reste peu étudiée à ce jour. Ainsi, pendant cinq années consécutives, des scientifiques ont cherché à connaître le rôle des plantes de grandes cultures (colza et tournesol) par rapport aux autres ressources florales tout au long de la saison de butinage, d’avril à octobre. Ils ont également tenté de savoir si la qualité nutritionnelle du pollen et la composition du paysage avaient une influence sur le régime pollinique des abeilles. Dans ce but, ils ont implanté 250 colonies d’abeilles entre 2008 et 2012 dans une plaine céréalière du Poitou-Charentes, sur le dispositif Ecobee pour observer les abeilles in situ.

De fin mai à juillet, les espèces adventices fournissent plus de 40 % du pollen

Les quantités de pollen et de nectar récoltées par les abeilles connaissent une chute pendant une disette de deux mois, entre les floraisons des deux principales cultures oléagineuses (fin mai pour le colza et juillet pour le tournesol). Si le nectar récolté par les abeilles provient essentiellement des cultures, le pollen qu’elles récoltent vient quant à lui d’une grande diversité de plantes adventices et d’arbres ou arbustes des bois et haies alentours. Les plantes adventices représentent une grande part du régime pollinique (plus de 40 %) entre les périodes de floraison des grandes cultures. Elles jouent donc un rôle déterminant durant cette période. Les scientifiques ont mis en relation les pollens récoltés avec leur valeur nutritionnelle et la composition du paysage. Finalement l’étude a mis en évidence :
- une période de disette à la fois pour le pollen et pour le nectar à la fin du printemps, au moment même où les colonies d’abeilles connaissent leur pic démographique,
- une richesse insoupçonnée de pollens récoltés, venant surtout des arbres et plantes adventices,
- un régime pollinique influencé à la fois par la qualité nutritionnelle des pollens et la composition du paysage environnant. Par exemple, les chercheurs ont montré qu’en début de saison (période d’alimentation des larves), les abeilles vont préférer butiner des plantes à haute valeur nutritionnelle présentes dans les forêts (riches en minéraux et protéines).

Ces résultats confortent donc les préconisations agri-environnementales favorables aux abeilles et à une apiculture durable, qui prônent une augmentation de la disponibilité florale dans les paysages agricoles, en introduisant plus de plantes productrices de nectar et de pollen dans les pratiques agricoles et en préservant la flore sauvage.

Référence :
Fabrice Requier, Jean-François Odoux, Thierry Tamic, Nathalie Moreau, Mickaël Henry, Axel Decourtye et Vincent Bretagnolle.
Honey bee diet in intensive farmland habitats reveals an unexpectedly high flower richness and a major role of weeds.
Ecological Applications, 25(4), 2015, pp. 881–890.

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En savoir plus

La recherche publique et la filière apicole s’associent pour scruter les abeilles

Cette étude a été réalisée par une équipe rassemblant des chercheurs, ingénieurs et techniciens d’organismes de recherche (Inra et CNRS), de l’Acta, le réseau des instituts des filières animales et végétales (instituts techniques agricoles), de l’Itsap – Institut de l’abeille. Les expérimentations ont été menées sur le dispositif d’observation des abeilles en milieu ouvert Ecobee. Il est implanté en Zone atelier Plaine & Val de Sèvre (Poitou-Charentes), vaste territoire de 450 km² dont chaque parcelle agricole est observée depuis 20 ans par le Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS) et dédié à des programmes de recherche sur la biodiversité et les agrosystèmes. L’équipe de cette étude associe trois unités en Poitou-Charentes : deux unités expérimentales Inra Entomologie et Elevage alternatif et santé des monogastriques et l’unité sous contrat CNRS/Inra Agripop – ainsi que deux unités en Avignon : l’unité de recherche Inra Abeilles et environnement et l’Unité mixte technologique Prade (Protection de l’abeille dans l’environnement). Ce programme de recherche a bénéficié du soutien financier du Ministère de l’agriculture (projet Polinov du Casdar), de la Région Poitou-Charentes et des fonds européens en faveur de l’apiculture (convention France Agrimer).

A propos de

Ecobee

Créé en 2007 par l’unité expérimentale d’entomologie du centre Inra Poitou Charentes, le dispositif Ecobee permet de mener des expérimentations en plaine céréalière sur les interactions entre les caractéristiques des colonies, celles des paysages et les contraintes environnementales. Situé sur la zone atelier Plaine & Val de Sèvre du CNRS de Chizé, Ecobee s’étend sur une zone agricole de 450 km² qui rassemble 250 colonies d’abeilles et est associé à un laboratoire de palynologie. Divers paramètres y sont mesurés et observés : réserves et récoltes de miel, effectifs d’abeilles adultes, superficie du couvain dans la ruche, mortalité devant la ruche, température de la ruche, récoltes de pollen, santé générale des colonies...